lundi 18 mars 2019

Atelier d'écriture du 4 mars 2019

Jeu : chaque participant donne une contrainte pour l’écriture d’un texte

·         Intégrer au moins un alexandrin

·         Un pays étranger

·         Mojito

·         Un paysage urbain

·         Un zèbre


C’était un samedi ; je quittai le bureau.
Peu après le midi ; dix-sept heures au plus tôt.
La cadence féroce, qui m’était imposée
Non par mon con de boss, quoi qu’il en fut satisfait,
Mais par perfectionnisme, c’était les temps modernes.
En bas du gratte-ciel, un vigile thaïlandais
Se mit au garde-à-vous, et sourit largement.
Au Seven-Eleven, supérette à deux sous,
J’acquis deux hamburgers, compagnons impassibles
De ma marche forcée, depuis Lumphini Park
Via Ratchadamri, jusqu’au temple des pirates.
Dans la galerie marchande, emplie d’informatique,
De logiciels pirates, et de films contrefaits,
De techniciens, badauds, restaurateurs, touristes,
Et aussi quelques moines, dans leur toge orangée,
On trouve des bibelots, boules à zèbres enneigées,
Et quelques porte-clefs, on trouve l’émerveillement.
Je m’assis à une table et commandai enfin
Une décontraction liquide : un mojito bien frais
Pour combattre la chaleur et célébrer la vie.

Atelier d'écriture du 18 février 2019

Thème : écriture inspirée d’une image : jaquette de l’album Imaginareum par Nightwish (trouvable facilement avec Google)

C’était le mardi 21 janvier et l’horloge venait de sonner la pause de 23h30, au milieu du parc. Georges sortit de la maison de la terreur par la porte de derrière et sortit une cigarette électronique de sa poche. Il aurait préféré une vraie cigarette, une blonde. Mais depuis l’accident qui avait emporté son père, il s’était juré de ne plus approcher une flamme, fut-ce celle d’un briquet, ou le bout enflammé d’une cigarette. C’est ainsi quand on est un vampire : on est incroyablement sensible à la chaleur. Son collègue Raymond sortit à son tour de la maison de l’horreur. Raymond était nouveau dans « le seul parc d’attractions avec de vrais monstres » mais selon Georges, l’alcoolisme de Raymond ne lui permettrait pas de faire long feu à son poste.
On a beau être un monstre mortellement dangereux, on a aussi nos propres monstres bien réels qui risquent de nous emporter sauvagement.

Thème : écriture inspirée d’une image : « journée d’automne » par Juno Kirisawa (image non trouvable en ligne dont j'essaierai de trouver une copie ultérieurement)

Sous mes pattes, la tôle d’un toit. Sur la tôle : des mousses, des lichens. Tiens ! Un scarabée ! Il ne m’a pas vu. Je me fais le plus bas possible, et m’approche furtivement d’un pas lent et mesuré. Mes deux pattes avant sont jointes et me serviront de ressort pour me propulser dans les airs. Je me fige pour calculer ce saut, eeeeet… me voilà comme suspendu à cinquante centimètres de hauteur. Je suis presque libre de la gravité, mais je joue avec elle pour fondre sur ma proie. De ma patte avant gauche, je le cloue au sol. Mes dents pointues font de lui un mets délicat, une friandise. Je sens la chaleur du soleil sur mon dos et celle de la tôle sous mes coussinets. C’est le lieu parfait pour m’allonger et profiter d’une pause délectable.

mercredi 23 janvier 2019

Atelier d'écriture du 22 janvier 2019

Exercice : dictionnaire.

Chaque participant propose un mot de son invention. Tous les participants rédigent une définition "à la manière du dictionnaire" pour ces mots inventés.


zéranie : n.f. étymol. de zéro et année. Désigne un temps court (zéro années) par opposition à une durée pluriannuelle. "Le traitement des champs contre la chenille processionnaire est l'affaire d'une zéranie seulement."

béflouer : v. tr. du 1er groupe. Du privatif allemand "be" et du teflon. Retirer le teflon. "Oh là là ! Mais pas avec le côté vert de l'éponge ! Tu vas béflouer ma poêle toute neuve !"

corance : n.f. intervention spontanée qui éclate au molieu du silence et interrompt la concentration des membres d'une assemblée. "Le téléphone scanda subitement une chanson gênante qui fit corance pendant l'office religieux."

irgondile : adj. grinçant, strident et très désagréable. "La craie sur le tableau est parfois irgondile, mais la griffe de jardin est pire."



Jeu : chaque participant propose un mot devant apparaître dans le texte

vestige, scruter, carence, coquelicot, promiscuité, ascenseur, hormone


Sur le chantier, deux archéologues débattaient. Après que les tractopelles aient déblayé les premiers mètres de terre tassée par les siècles, peut-être par les millénaires, les pioches avaient pris le relais et esquissé les contours supérieurs de vestiges qu'on relierait ultérieurement à quelque civilisation.

John fut pris de frissons, sentit la sueur traverser son front pour lui donner cette sensation froide et humide familière à tous ceux qui ont été malades un jour. Était-ce le signe de carences alimentaires parce qu'il ne s’accommodait pas des plats locaux trop épicés ? Était-ce un bacille dégueulasse gracieusement offert par un collègue dans la promiscuité des tentes où l'humidité sentait la sueur et les chaussures de sportifs ? Était-ce l'effet troublant de son cerveau libérant une hormone ou deux ou dix à la vue de l'arcade de pierre gravée d'un coquelicot ciselé si finement qu'on n'aurait pu le confondre avec aucune autre fleur ? Il décida que l'ascenseur émotionnel était la cause la plus probable de son trouble. La plus facile à combattre également. 

Avant que ses jambes chancelantes lui fassent faux bond, il s'assit en tailleur. Son regard immobile scrutait la fleur évidée dans la roche et ses pensées de jeune chercheur contemplaient les siècles et les vies innombrables qui avaient dû se dérouler ordinairement en ce lieu jusqu'à en oublier la beauté.

mardi 8 janvier 2019

Atelier d'écriture du 8 janvier 2019


Thème : arrêtez de me regarder !

V : Bon ! Tu vas continuer ça longtemps ?
E : Hein ? Quoi ? Comment ?
V : Ne fais pas l’innocent ! Tu sais très bien de quoi je parle.
E : Pas du tout. De quoi parles-tu ?
V : Tu sais très bien de quoi je parle, Erik ! Arrête de me regarder ! C’est un des thèmes de ton atelier de l’écrit.
E : QUOI ? Tu m’appelles Erik et tu parles de l’atelier de l’écrit ? Mais tu viens de briser le quatrième mur !
V : Pas exactement. Pour briser le quatrième mur, il faudrait que je m’adresse au public tandis que là je m’adresse à l’auteur. C’est très différent. D’ailleurs, chers participants de l’atelier, reprenez donc un petit quelque chose à manger ou à boire ! Voilà ! C’est ça, briser le quatrième mur.
E : Bon ben maintenant que tu as illustré ce concept brillamment, tu veux bien revenir au sujet ? C’est pas qu’on se fait chier mais l’histoire n’avance pas.
V : Bon, je suis la vie.
E : ah ! Enfin, on progresse ! Depuis le début, on se demandait qui étaient les personnages de ce dialogue. Maintenant, c’est clair. Erik et la Vie discutent. On progresse !
V : Ah bravo ! Les pieds dans le plat ! Donc toi tu veux mettre l’intrigue et le thème complètement à plat de manière explicite ? Ca manque de finesse.
E : Oui, ben c’est vrai que ça manque de finesse, j’avoue, mais je ne savais pas vraiment comment le présenter. J’avais très envie d’écrire quelque chose mais je ne savais pas comment. Et quand c’est ainsi, je bidouille un texte qui tient avec des bouts de scotch et de la ficelle.
V : Arrête de me regarder !
E : Ah oui, pardon ! Revenons-en au thème ! Donc oui, je regarde la vie mais je n’y participe pas. Je ne sais pas dire comment ou pourquoi. Trop de cerveau, trop de respect pour imposer ma présence, mes points de vue, mes envies à des gens qui n’ont rien demandé. Vivre ma vie aux dépens de celle des autres. Ou plus exactement, me frayer un espace où exister dans cette boite de sardines qu’est la vie. Si je ne joue jamais des coudes pour trouver ma place, je mourrai. Et non, ça n’est pas une figure de rhétorique. Si on ne trouve pas sa place, on finit par se mettre une balle dans le caisson dans l’indifférence générale.
V : Dis-donc, Calimero, évite d’étaler tes idées noires ! Tu sais bien que te plaindre attire plus de négativité que de soutien.
E : Ah oui, merde ! Donc la vie, c’est comme une boite de sardines. Moralement, je trouve répréhensible de jouer des coudes parce que ça veut dire que les sardines que je rencontre vont se prendre un peu mes coudes. Mais si je veux arrêter de regarder la vie, c’est une des étapes.
V : c’est un bon début. Et quoi d’autre ?
E : Ben, il y a truc qui me semble presque impossible à faire. C’est trouver ce qui me passionne.
V : pourquoi ? Est-ce que tu n’as pas de passion ?
E : Ben, non. C’est un peu le problème. J’aime bien certaines choses mais avec modération. Et je reconstruis ma vie pierre après pierre. D’un champ de ruines ça ressemble maintenant à une maison en construction. C’est très encourageant. Mais je ne sais pas comment me découvrir une passion.
V : pour savoir ce qui te passionne, il faudrait probablement que tu essayes des choses.
E : Je savais que tu allais dire ça ! En même temps, c’est moi l’auteur de ce texte donc forcément, je le savais. Mais ça m’ennuie quand même. Parce que je suis un peu autiste sur les bords et essayer de nouvelles choses, c’est compliqué. Il m’est tellement plus simple de rester cloitré chez moi. Là ça suppose d’identifier et lister 100 activités potentielles puis de me renseigner sur les lieux, les horaires, les contacts, les prix. Et puis de me mettre des coups de pieds aux fesses pour aller faire ces choses là.
V : Si c’est ainsi que tu fonctionnes, alors c’est ainsi que tu peux procéder.
E : Oui, j’imagine que n’importe qui d’autre dirait que les choses se produisent plus naturellement, de manière plus « fluide » ? Mais ce n’est pas aussi naturel pour moi.
V : Tiens ! Calimero est de retour ?
E : Désolé ! Bon, je pense qu’on a couvert le thème. Je vais rendre la parole et me refaire une tartine. C’est ça aussi que d’arrêter de regarder la vie pendant que les autres n’attendent pas pour s’en payer une tranche.

Texte libre

 Un regard jeté nonchalamment par la fenêtre révèle les strates cotonneuses amoncelées. Au plus près de l'horizon, les strates se succèdent, minces, écrasées par la distance. En relevant le regard, les couches de nuages s'élargissent et révèlent des aspérités lumineuses semblables à un réseau veineux. Une brise pousse cette bourre légère qui s'effiloche, se déchire, puis qui se rassemble.
A travers les branches biscornues et tortueuses apparaissent les toits métalliques, quelconques et inintéressants de bâtiments industriels. Inintéressants? Vraiment? Mais pourquoi? Parce que quelqu'un a décidé que flatter ses émotions comme ceci plutôt que comme cela était l'essence même de la vie? Parce que cette décision est collective et partagée par une majorité imperméable aux choses? C'est vrai que les humains sont des objets intéressants. Mais de là à leur consacrer l'exclusivité... bonjour le narcissisme!
Sous les carrés de verre derrière lesquels se pressent des silhouettes, des feuilles orange jonchent la dalle de béton.
La tête pivote. Ramène le regard à l'intérieur de la pièce que son corps occupe. Conscience de son corps. Conscience des caractères affichés sur un écran et des autres corps dans la pièce.

Jeu : rimes en –al, –che, –re, –lette, et –oin 


D’une cocotte en fonte, tapissez le fond avec du foin Assurez-vous que ce matelas ne sera aucunement bancal
Et allongez dessus la plus majestueuse côtelette.
Versez généreusement dessus deux verres de rouge qui tache.
Pas le premier pris non plus mais pas un vin onéreux.
Ajoutez carottes, navets, et chou et de foin étalez une nouvelle mèche.
Refermez d’un lourd couvercle avec soin.
Pendant la longue cuisson au four, faites les pipelettes
Et buvez le reste du vin qui rend heureux
Jusqu’à cuisson complète ; ce sera un régal.


Jeu : mot aimé

Un mot que j’aime et dont jamais je ne me lasse, c’est l’adjectif « fugace ». Etymologiquement à rapprocher de la fuite –on pensera à l’expression « tempus fugit » – il est auditivement et sémantiquement plus proche encore de la fugue. Tout comme cette note musicale qui rebondit de tintement en tintement, qui se dérobe aussitôt qu’elle est apparue, la chose fugace est légère, diaphane, et surtout insaisissable, car sa taille, sa vitesse ou sa complexité la dérobent à notre corps et à nos sens. 



vendredi 28 décembre 2018

Atelier d'écriture du 27 décembre 2018

Jeu : chaque participant donne une contrainte pour l’écriture d’un texte

faire cuire un œuf
jupe de grand-mère
un jeu de mots
un slogan publicitaire
je repasserai plus tard
l'e dans l'o
mer d'huile
un personnage du monde de Picsou


Le jour déclinait. J'en étais à mon deuxième whisky et à ma trente-quatrième cigarette. C'est ainsi que dans le métier on célèbre une journée sans clients, à tourner en rond et à ressasser la dernière affaire de meurtre qui se conclue sur un monde aussi gris foncé que celui d'hier.

Elle frappa faiblement à la porte de mon bureau et entra. Les courbes marquées. Des cils plus longs et plus épais qu'humainement possible. Et un déhanché à faire chavirer un vilebrequin. Elle s'appelait Clara et son patronyme Belle ne trompait pas sur la marchandise.

Une amie à elle avait disparu. Une mademoiselle Lacanthe. Zoé de son prénom. Née sous le signe du Poisson. Sale affaire: Je sentais qu'on ne me disait pas tout. Je serais obligé de composer avec les non-dits. C'est sur le bord de mer que Zoé avait disparu.

Je décidai de me rendre dans la petite station balnéaire pour commencer à poser des questions et m'envoyer les doses supplémentaires d'alcool qui m'aideraient à trouver le sommeil. Je congédiai donc ma nouvelle cliente. Elle "repasserait plus tard".

Je passai mon imper. Jetai mon chapeau sur mon crâne. Bouclai le bureau. Et montai dans l'épave qui me faisait office de bureau mobile, direction l'océan. L'avenir appartient à ceux qui se couchent tard ! ...et abusivement enivrés.

mercredi 12 décembre 2018

Atelier d'écriture du 11 décembre 2018

Exercice : définir un mot choisi que l'on aime bien.

Mot choisi : amie

J'aime le mot "amie", particulièrement au féminin, pour l'homme que je suis. Mais laissez-moi couper court immédiatement aux idées romantiques ! Je veux parler d'amitié. et laisser au placard tout ce qui s'en écarte. Une amie c'est d'abord une personne qui nous fait exister, par sa seule présence à nos côtés, qu'on la retrouve quotidiennement, mensuellement, ou de loin en loin. C’est une personne qui nous juge - comme tout le monde bien que beaucoup s'en défendent - et qui nous apprécie malgré tout. C'est une personne qui peut nous dire ce qu'on a besoin d'entendre, autant les mots de miel que les mots de feu. C'est une personne qui nous pousse à devenir meilleur ou bien qui suscite notre amélioration sans nous pousser. C'est à la fois une grande sœur, une petite sœur, et une sœur jumelle. C'est la personne qui sait mettre les pieds dans le plat et du baume dans notre cœur. Une amie, c'est bon ; mangez-en !

lundi 10 décembre 2018

Un peu de prose SMS en passant

Dimanche lace ses chaussures, passe son manteau et noue son écharpe. Sur le pas de la porte, le froid vient de prendre son service et il montera la garde jusqu'à demain matin. Les deux se saluent.
- "Salut Froid! Ça va?"
- "Comme d'hab. Pendant l'hiver j'ai plus d'heures de présence mais c'est pas moi que ça dérange."
- "Bon... à la semaine prochaine alors!"
- "Probable. Mais pas certain. Je connais jamais mon planning à l'avance."
Dimanche renâcla et disparut.
- "Bonjour lundi!"
- "Salut Froid!"
La nuit au-dessus veille silencieuse tandis que les quelques fenêtres encore illuminées peu à peu s'éteignent.